Musicologie Médiévale

Resources for medieval musicology and liturgy

Bonjour,

serait-ce une hérésie de pratiquer ce que nous livre le Micrologus de Guido d'Arezzo pour "improviser" de l'organum dans le répertoire d'Hildegarde von Bingen?

Je ne sais pas si c'est un argument, mais tous deux étaient bénédictins.

Merci pour vos réponses.

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Le synode de Trèves,en 1147,a approuvé les écrits et l'action de Sainte Hildegarde,le Pape Eugène III lui-même lisait ses écrits devant une imposante assemblée,dont faisait partie Saint-Bernard,qui conclu:"Qu'il fallait se garder d'éteindre une aussi admirable lumière animée de l'inspiration divine"! A la suite de ce synode,Eugène III écrira longuement à Hildegarde une lettre élogieuse,citée partiellement par la médiéviste Régine Pernoud dans son ouvrage:"Hildegarde de Bingen,conscience inspirée du XII ème siècle." L'approbation d'Hildegarde est donc totale,de son vivant,de la part des autorités de l’Église!

Amen

You seem to be a little bit bored, but you already spotted the weakest point. The only thing you have to do now is to compare the Riesencodex with the other manuscripts or to have a look at the critical edition of Hildegard's letters, then you will have also the other history beyond the fiction or beyond "the more important one that the Riesencodex would like to tell us" as Margot Fassler would have called it.

I am also curious about the news that Mike Kestemont and his students will tell us about two of their creators, the team Hildegard and her late scribe Guibert de Gembloux—definitely the most inventive one. Here is their latest publication:

Kestemont, M., Moens, S. & Deploige, J., 2013. Collaborative authorship in the twelfth century: A stylometric study of Hildegard of Bingen and Guibert of Gembloux. Literary and Linguistic Computing, p.1-26, doi:10.1093/llc/fqt063.

Excusez-nous cette digression sur Hildegard comme "pseudo-mystique"—sanctifiée comme amie de Bernard à Avignon, et à la fin reconnue comme part maternel de la patristique par Benoit XVI…

Il me semble que Nicolas a lu l'introduction de Barbara Newman dans son édition:

Hildegard of Bingen. 1998 (2e éd. après 1988). Symphonia: A Critical Edition of the Symphonia Armonie Celestium Revelationum with Introduction, Translations, and Commentary by Barbara Newman. Ithaca, N.Y.: Cornell UP, 31f. Google.

Là, elle a trouvé deux indications de l'organum (lettre 47 citée selon PL 197, col. 220b-221a; sequenza no. 20, 4b) et voilà sa conclusion (son association avec Guy d'Arèce et sa main derivait de son interpretation de la cheironomie et "Adam comme le doigt de Dieu", et même le mot "organum" se trouve là):

If Hildegard's phrase is not purely formulaic, it might indicate harmonized rather than monodic chanting, although one cannot make direct inferences from what Hildegard heard in her visions to what her nuns performed in their choir.

Même si je n'ai pas réissu de suivre ses arguments, la vision néoplatonique (avec une confrontation entre la musique célèste et la musique humaine, les instruments y compris) de Hildegard—documenté dans la lettre no. 47—vaut une citation dans le contexte (mise en évidence par moi-même):

Ut autem etiam divinae illius dulcedinis et laudationis, qua in Deo, priusquam caderet, idem Adam jucundabatur, et non ejus in hoc exsilio recordarentur, et ad haec quoque ipsi provocarentur, iidem S. Prophetae eodem spiritu quem acceperant, edocti, non solum psalmos et cantica, quae ad accendendam audientium devotionem cantarentur, sed et instrumenta musicae artis diversa, quibus cum multiplicibus [Col.0220C] sonis proferrentur, hoc respectu composuerunt, ut tam ex formis quam ex qualitatibus eorumdem instrumentorum, quam ex sensu verborum, quae in eis recitarentur audientes, ut praedictum est, per exteriora admoniti et exercitati, de interioribus erudirentur. Quos, videlicet sanctos prophetas, studiosi et sapientes imitati, humana et ipsi arte nonnulla organorum genera invenerunt, ut secundum delectationem animae cantare possent, et quae cantabant, in juncturis digitorum, quae flexionibus inclinantur, adaptarunt, ut et recolentes Adam digito Dei, qui Spiritus sanctus est, formatum, in cujus voce sonus omnis harmoniae, et totius musicae artis antequam delinqueret, suavitas erat, et si in [Col.0220D] statu quo formatus fuit, permansisset, infirmitas mortalis hominis virtutem et sonoritatem vocis illius nullatenus ferre posset. Cum autem deceptor ejus diabolus audisset, quod homo ex inspiratione Dei cantare coepisset, et per hoc ad recolendam suavitatem canticorum coelestis patriae invitaretur, machinamenta calliditatis suae in irritum ire videns, ita exterritus est, ut non minimum inde torqueretur, et multifariis nequitiae suae commentis semper deinceps excogitare et exquirere satagit, ut non solum de corde hominis per malas suggestiones et immundas cogitationes seu diversas occupationes, sed etiam de corde Ecclesiae, ubicunque potest, per dissensiones et scandala, vel injustas depressiones, confessionem et pulchritudinem divinae laudationis [Col.0221A] et spiritualium hymnorum, perturbare vel auferre non desistit. Quapropter summa vigilantia vobis et omnibus praelatis satagendum est, et antequam os alicujus Ecclesiae, laudes Deo canentium, per sententiam claudatis, vel eam a tractandis, vel percipiendis sacramentis suspendatis, causas pro quibus hoc faciendum sit, diligentissime prius discutiendo ventiletis.

De quoi Hildegard avait parlé avec "genera organorum"? Les manières de chanter en organum? Et qu'est-ce que ça veut dire concernant l'exécution de ses compositions? Une instrumentation d'un choeur humaine flanqué par un choeur célèste?

À propos les organa du X siècle en outre-Rhin (comme témoin de la pratique carolingienne avant Guy d'Arèce). Peut-être ça vous intéresse (regardez aussi l'annonce de Dominique):

Giovanni Varelli a couramment découvert quelques exemples des organa ajoutés dans un manuscrit hagiographique de provenance Corvey, Werden etc. (British Library, Ms. Harley 3019, fol. 56v) que lui a datés dans le X siècle.

Varelli, G., 2013. TWO NEWLY DISCOVERED TENTH-CENTURY ORGANA. Early Music History, 32, pp.277–315, doi:10.1017/S0261127913000053.

Cher Nicolas

Un dernier mot, parce que tu as écrit que tu t'intéresse pas trop pour les intentions de l'auteur, une position légitime pour un musicien, au moins pour quelques entre eux (malgré du fait que notre discours ici était tant dominé par les arguments historiques). Déjà en 1998, Richard Witts avait fait une discussion des variées interpretations de la musique associée avec Hildegard. Ce culte existait déjà dans les années 1990s.

Witts, R. 1998. “How to Make a Saint: On Interpreting Hildegard of Bingen.” Early Music XXVI: 478–486. doi: 10.1093/earlyj/XXVI.3.478.

L'article n'est pas trop intéressant, parce que les imaginations d'auteur autour de Hildegard ne sont pas actuelles concernant la recherche et l'édition des sources dans les dernières années (néanmoins, elles réflètent peut-être bien quelques réactions ici).

Mais la récension des musiciens occupés avec ce repertoire est très intéressante. Il avait déjà mentionné les exécutions polyphoniques qui réflètent les idées de Barbara Newman à la fin des années 1980:

There are other small differences—the Oxford
Camerata perform in strict rhythm, Sinfonye burst
into organum, some groups add instrumental
drones and others vocal ones—but they are all dedicated,
sincerely and successfully, to making something
magnificent and profound from what may be
little more than a whimsical set of notes and words.
It seems that they have helped to turn a reactionary
eccentric into a sagacious New Age saint.

Il y a même quelque chose pour Marcel (le voci bianche incontrano le voci sanguini):

Fixing these sky-high voices in gleaming acoustics
greatly benefits the characterization of Hildegard's
compositions as the saintly vehicle of the Holy
Spirit's heavenly powers. Yet the actual textual images
of her songs are frankly too mixed and diffuse to
submit neatly to such a setting. It is only Marcel
Peres's Ensemble Organum that offers a more austere
option. Peres enlists deep female voices, centred
on the B flat below middle C. Thanks here to an 'eastern'
use of ornamentation, and a pulse steadied by
an abbey reverberation, Hildegard sounds as much
at home in Bir-Nabala as in Bingen. While this ensemble
takes 10 1/2 minutes to perform Cum vox sanguinis,
Sequentia sing it in 6 1/2 minutes.

Alors Hildegardiens, il faut méditerraniser la musique!

Tu pourrais trouver la discographie dans l'article.

À la fin je voudrais remercier Luca, je n'avais encore connu ce longue article de Giulio Cattin qui me serve beaucoup. Il me semble qu'il parle plus d'une pratique depuis le XIII siècle, mais qui sait…

Merci pour tous ces riches échanges en informations.

Oliver, tu as mal compris ma position, loin de moi l'idée de me désintéresser des intentions d'un auteur, je voulais exprimer plutôt l'idée et l'hypothèse d'une position plus tardive (ou contemporaine) de chanteurs qui utiliseraient le matériau de Bingen pour en faire autre chose que l'intention première de Bingen.

merci

Cher Nicolas

Je t'assure que je n'avais pas une opinion mauvaise de ton intéllecte comme musicien. Tu as raison, si tu écris que les arguments historiques ne sont pas tout. Ça ne suffit pas.

La chose que m'a fait beaucoup plaisir que les opinions des réligieux sont si près à celle de Mr. Witts qui a confessé [!] de ne croire pas en Dieu.

À la fin, il y a au moins un pétit progrès entre les philologues - loin du discours entre les générations. C'est déjà un signe modeste d'une espoire...

Les chants d'Hildegard peuvent donner lieu à de multiples interprétations.

Il convient de se souvenir que ce sont des chants religieux souvent liturgiques. A force d'en faire chanter j'ai vraiment l'impression que nous pouvons nous appliquer la liberté qu'Hildegard s'appliquait à elle même.

Mais quel bonheur de travailler et de faire chanter H.

Avec la liturgie à Rupertsberg vous avez touché la question la plus difficile, mais bien sur aussi la question la plus intéressante.

Je pourrais conseiller ce livre avec CD qui était dédié à cette question et pas au niveau passé de Mr Witts et sa génération. L'interpretation de Stefan Morent et de son ensemble Ordo virtutum est aussi d'une école intéressante: Andrea von Ramm, même connue comme le diable de la musique ancienne, la primadonna du Studio der frühen Musik sous la direction de Thomas Binkley, et dans ses dernières années professeur de la rhétorique à la Schola cantorum à Bâle.

Pfau, Marianne Richert, et Stefan Morent. Hildegard von Bingen: der Klang des Himmels. Europäische Komponistinnen 1. Köln, Weimar, Wien: Böhlau, 2005.

Thanks here to an 'eastern'
use of ornamentation, and a pulse steadied by
an abbey reverberation, Hildegard sounds as much
at home in Bir-Nabala as in Bingen.

cf citation de O. Gerlach ci-dessus du 10 mars 2014 tirée de : Witts, R. 1998. “How to Make a Saint: On Interpreting Hildegard of Bingen.” Early Music XXVI: 478–486. doi:10.1093/earlyj/XXVI.3.478.

Je viens de lire cette absurdité concernant l'ornementation !

Il faudrait, une fois pour toute en finir avec ces niaiseries qui consistent à croire et à faire croire que toute vibration dans le chant est par essence arabe ou orientale. Ouvrez les yeux et les oreilles, les premiers neumes indiquent une multitude d'ornementation, et notamment les neumes qu'utilise Hildegarde, notation extrêmement précise et subtile en ce qui concerne les moindres inflexions vocales (attaque et coupure du son, enchainement des neumes, nuances dans la vibration de certaines notes…) et même pour le rythme. Cela n'a strictement rien à voir avec les arabes, les croisades ou je sais quelle lubie orientaliste ! D'ailleurs nous savons maintenant que la musique arabe, à l'origine ne comportait presque pas d'ornements, c'est au contact des civilisations qu'ils ont découvertes au fur et à mesure de leur expansion qu'il se sont mis à l'école des peuples conquis qui eux pratiquaient un art de l'ornementation très élaboré (Égypte, Syrie, Afrique du Nord,) cf. Christian Poché, La musique arabo-andalouse, acte-Sud 2001.

La musique européenne n'a abandonné l'ornementation que dans certaines formes musicales du XIXe siècle, alors que le chant religieux avait conservé l'art de l'ornementation jusqu'aux réformes de Solesmes, et les traditions populaires jusqu'à aujourd'hui, de la Norvège et le nord de l'Écosse à l'Andalousie.

Un peu de rigueur scientifique dans l'observation du passé et du présent ne nuit pas à la réflexion. Ce n'est pas parce que la plupart des grégorianistes ne savent pas quoi faire aujourd'hui avec les neumes d'ornement qu'il faut affirmer qu'ils n'ont jamais existé. On nage en pleine absurdité et … ça dure ….!!!!

L'ornement n'est pas une fantaisie "arabisante" mais une véritable science du discours et du chant. Il serait grand temps que nos médiévistes et nos grégorianistes qui s'obstinent à nier la réalité le comprennent et se mettent au travail, car il faut plusieurs années pour réaliser comment fonctionnent réellement les différents styles d'ornementation.

 

Au travail !

Bravo, Marcel!

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