Musicologie Médiévale

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Bonjour, je vous propose l'introït de la messe d'aujourd'hui, Victricem manum :


C'est un beau "troisième mode" avec une belle finale conventionnelle. Mais si on va regarder la version grégorienne (Graduale Triplex, p. 208) et qu'on se donne la peine d'observer le ton psalmodique d'Eins, on verra que ici on est aussi en troisième mode, mais avec finale SOL. Regino pour sa part affirme que cet introït commence en troisième et finit en huitième... Connaissant la doctrine des tons moyens, on sait à quoi s'en tenir.

Quoi qu'il en soit, il me semble évident que la version ROM est modalement plus "moderne", car elle donne à cette pièce une finale "régulière".

Ce sera aussi le cas des deux Eduxit qu'on chantera les jours prochains. Celui du samedi (Eduxit Dñs) reçoit à Rome et à Laon une cadence corrigée (sur mi-si), alors qu'Eins. finit bien sur sol (do), mais donne la psalmodie du quatrième mode.

De là deux conclusions : d'abord, la finale n'était pas déterminante pour désigner un mode, mais elle prend de l'importance (cf. Laon) sans doute suite à l'oubli des tons moyens. Deuxièmement : le chant ROM est parfois modernisé au point de vue modal, mais de manière très inconstante.

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Replies to This Discussion

selon mon habitude, j'ai dit une grosse bêtise : les deux Eduxit, à Rome, sont en sixième mode! Les commentaires sur le GRE restent valables. Je continue d'y voir, à Rome, l'effet d'un remaniement (néo-)modal
après vérification :
Bodmer les deux en VI
Saint Pierre et Vat. Lat. 5319 : Eduxit eos Dñs en IV (mi-sol) Eduxit Dñs en VI (fa) [St Pierre : Victricem manum en IV !]
pour ultérieurement nourrir la réflexion sur le sujet du mode et des finales, j'ajoute la transcription de trois antiennes de l'antiphonaire de St Pierre :
ici
Intéressant, et bravo pour l'esthétique des transcriptions!
Merci, Luca!
J'ai ajouté quelque chose dans le fichier pdf. Ceux qui l'auraient déjà téléchargé sont priés de le refaire...
D'autre part, j'ai remarqué que les deux Eduxit partagent la même mélodie avec Sicut (Quasi) modo et Cantate Dño. On retrouve les mêmes hésitations entre deuterus plagal et tritus plagal. Il faut aussi certainement chanter des mi-bémols sur les divers alleluia (tout comme dans la version GRE de Quasi modo et Cantate). C'est probablement la même modalité qu'on trouve aussi dans l'antienne-communion Mitte manum que je transcris dans le nouveau pdf.
On remarquera par ailleurs qu'il peut y avoir d'importantes variantes pour les mêmes chants dans la même ville, plus ou moins à la même époque. Cela nous incite à la prudence : on ne peut pas affirmer simplement que ROM donne telle version d'une pièce, car il n'existe pas de ROM générique... Cela vaut aussi pour les textes : Quasi modo, par exemple, contre Sicut modo (=vulgate)
Il me semble votre « bêtise » que vous mélangez les méloi différents dans ce discours. Je voudrais proposer d’ouvrir une autre discussion pour le « mesos du tritus » et d’user les facsimilés des sources, comme est déjà possible maintenant. C’est beaucoup plus facile pour suivre votre argument du tritus et se réfère plus aux détails des deux introïtes sur « Eduxit » (GT 211 Ps 77, 214 Ps 104).

Ici, je commente seulement le « mesos tetrardus » avec la finale MI:

D’abord, il n’y a pas aucune théorie carolingienne commune sur quel que mélos. Les études comparatives des tonaires (spécialement lesquelles de Michel Huglo) ont fait preuve que l'interprétation modale se diffère fortement entre les tonaires et qu’on pourrait faire la différence entre nombreuses écoles locales. Chacune a sa propre réception qui peut même changer la mélodie selon son interprétation. Peter Jeffery dans son étude fondamentale sur l’octôêchos (dans l’hommage à Kenneth Levy) a prouvé que ces adaptions étaient la conséquence de l’introduction de l’octôêchos avec l’instrument du tonaire dans l’empire carolingienne et qu’il s’ageait d’une classification modale du répertoire à postérieure, malgré du fait que l’octôêchos latin était une propre invention sous le fondement de l’octôêchos hagiopolitain.

Ça sera gentil que vous ou quelqu’un autre pourrait vérifier votre hypothèse intéressante avec une citation de la source de l’auteur Réginon de Prüm (TML a toutes les éditions).

Selon mes études, la conception du mesos vient de la théorie constantinopolitaine. Nous la connaissons simplement par la réception et l’adaption dans le traité hagiopolitain. Enfin les sources plus vieilles pour le mesos tetartos byzantin sont les sources de la réception latine, parce qu’il y a quelques tonaires du Xe siècle qui utilisent le nom AIANOEANE pour le deuterus! (J’ai installé un nouveau groupe qui rassemble les passages témoignant les détails d’un certain mélos – comme les changement microtonales – par une description verbale. Là, vous trouvez une exemple où quelques chantres latins ont imité l’intonation grecque du mesos tetartos pour quelques pièces d’un mélos adaptable dans le répertoire franco-romain.)

En conséquence les chantres grecques ont utilisé l’intonation microtonale du mélos de l’ êchos tetartos pour une mélodie avec la finale MI. Le résultat était que la quinte entre mi et si n’était pas pure (dans la proportion 3:2) comme dans l’ êchos devteros. Mais selon la classification latine AIANOEANE était toujours un mélos du deuterus.

D’un autre point de vue, c’est bien possible prouver le contraire avec vos mêmes arguments: La manipulation chez Réginon a changé la cadence finale, c’était la « modernisation » que vous ne trouvez pas dans la version romaine (malgré de la chronologie des manuscrits). Au moins, Réginon avait « compris », qu’il y avait quelques mélodies qui semblaient dans le mélos du deuterus, mais « en verité » ils dérivaient du mélos du tetrardus.

J’espère que vous aimez cette nouvelle perspective.
Au fait, avec Victricem manum je vois la chose ainsi :

Original : structure SOL (note de base) -- SI (note principale) -- finale SOL

Cette structure est préservée dans GRE qui, dans les meilleures sources, lui donne la psalmodie du deuterus authente (même dans le manuscrit tardif de Verdun). Mais le plus souvent (cf. éditions modernes) cette finale a eu pour conséquence l'attribution au tetrardus plagal (avec psalmodie sur do)

ROM a pour sa part conservé l'attribution modale originale (deuterus authente), tout en changeant la finale (MI). Avec cette finale modernisée, il y en a même qui ont attribué la pièce au deuterus plagal (Graduel de St Pierre), puisque le chant ROM a l'habitude d'accompagner les descentes vers MI d'un melos plagalisant (ici il faudrait peut-être un sib sur «facit dissertas»).
Les autres exemples ne concernent pas ce type modal, c'est évident, mais mon intention était de montrer d'autres pièces simples à la modalité «anormale» selon les critères anachroniques de la modalité classique.
Quant au mesos, je signale quand-même le Typikon de la Grande Eglise qui attribue expressément le Tou deipnou sou au ton moyen. Cela est bien visible dans la version ambrosienne de cette pièce (Coenae tuai) qui est dans le même type modal que notre Victricem manum (SOL -- SI avec finale SOL). Le SOL note de base y attire parfois le SI qui devient bémol
En ce cas vous avez trompé deux fois:

- Vous avez pris le mélos du mesos devteros pour le mélos du mesos tetartos. Sans doute l’introïte Victricem manum est une composition avec les cadences du mesos tetartos, et pour cette raison les musiciens sont libres de l’intoner comme AIANOEANE. Mais il faut apprendre des chanteurs qui connaissent ces nuances de l’intonation dans une tradition vivante. En tous cas il me semble utile de lire mon article sur AIANOEANE (ouvert à tous sous la discussion dans le groupe « méloi et leurs microtones »), si on voudrait comprendre que les caractères plagales sont contraires entre la théorie hagiopolitaine et la conception carolingienne de l’oktôêchos.
- Vous pourriez chanter la version GREG comme Réginon (au moins selon votre interprétation), mais en conséquence avec une autre psalmodie que dans l'édition du Graduale triplex ou que dans le manuscrit vieux-romain. Mais l’autre option franco-romaine va aussi bien pour la rédaction de ROM, même avec une intonation moins spectaculaire en comparaison avec l’intonation AIANOEANE. Ça dépend seulement de la provenance du manuscrit et du goût des musiciens. Et ça ne veut dire pas du tout qu’on a besoin à abandonner les énergies mélodiques. Ils sont les fondements de la musique modale et c’était pour cela que j’ai installé le groupe sur les méloi et leurs microtones.

À la fin, après cette critique des critères de votre selection, je voudrais dire que je ne comprends pas la nécessité qu’on détruira les autres fleurs pour l’amour d’une seule. Il me semble un amour fous :)

Ricossa a dit :
Au fait, avec Victricem manum je vois la chose ainsi :

Original : structure SOL (note de base) -- SI (note principale) -- finale SOL

Cette structure est préservée dans GRE qui, dans les meilleures sources, lui donne la psalmodie du deuterus authente (même dans le manuscrit tardif de Verdun). Mais le plus souvent (cf. éditions modernes) cette finale a eu pour conséquence l'attribution au tetrardus plagal (avec psalmodie sur do)

ROM a pour sa part conservé l'attribution modale originale (deuterus authente), tout en changeant la finale (MI). Avec cette finale modernisée, il y en a même qui ont attribué la pièce au deuterus plagal (Graduel de St Pierre), puisque le chant ROM a l'habitude d'accompagner les descentes vers MI d'un melos plagalisant (ici il faudrait peut-être un sib sur «facit dissertas»).
Les autres exemples ne concernent pas ce type modal, c'est évident, mais mon intention était de montrer d'autres pièces simples à la modalité «anormale» selon les critères anachroniques de la modalité classique.
Quant au mesos, je signale quand-même le Typikon de la Grande Eglise qui attribue expressément le Tou deipnou sou au ton moyen. Cela est bien visible dans la version ambrosienne de cette pièce (Coenae tuai) qui est dans le même type modal que notre Victricem manum (SOL -- SI avec finale SOL). Le SOL note de base y attire parfois le SI qui devient bémol
Oliver Gerlach a dit : En ce cas vous avez trompé deux fois: - Vous avez pris le mélos du mesos devteros pour le mélos du mesos tetartos.
Selon les théoriciens, un mesos est un plagal situé à la tierce d'un authente. Ici on a un deuterus authente et son
mesos, le tetrardus plagal (avec la couleur du deuterus authente)
si on voudrait comprendre que les caractÚres plagales sont contraires entre la théorie hagiopolitaine et la conception carolingienne de lâoktoechos.
encore faut-il connaître la théorie modale carolingienne...
- Vous pourriez chanter la version GREG comme Réginon (au moins selon votre interprétation)
Reg. se contente de dire «Victricem manum tuam, a tertio incipit, sed octavo finitur». A tertio incipit car le melos est celui du deuterus authente, octavo finitur car il finit sur la note SOL. Quant à  savoir quelle psalmodie il lui donnait, ça c'est une autre question
mais en conséquence avec une autre psalmodie que dans l'édition du Graduale triplex ou que dans le manuscrit vieux-romain.
Le Gr. Tr. donne la psalmodie du tetrardus, ROM la psalmodie du deuterus authente. Cette dernière, à  l'époque de la rédaction du manuscrit, avait glissé du SI au DO. Le manuscrit de Einsiedeln, dont les neumes sont recopiés sur le Gr Tr. donne la psalmodie du Deuterus authente sur SI
ça dépend seulement de la provenance du manuscrit et du goût des musiciens.
non, ça dépendait des conceptions modales des théoriciens. À relire : U. Bomm : Der Wechsel der Modalitätsbestimmung.
J‘ai compris maintenant, pourquoi vous pensez que Réginon a plus raison que les autres (« la meilleure tradition » :) – spécialement plus que les chantres romains.

Néanmoins ce n’est pas un secret, que les théoriciens carolingiens n’avaient pas une opinion commune sur le sujet (même la psalmodie n’est pas si uniforme que les éditeurs du GT la désirent). (Les détails entre la conception du mesos et sa reception latine, je préfère de discuter ici. L’inscription dans cette groupe n’est pas modérée, si vous voudriez me répondre là.) Ici je me limite à la relation entre les chantres français et les chantres romains.

C’est ni un secret, qu’il y avait les réformes qui avaient essayé à supprimer plusieurs écoles au faveur d’une seule école, par exemple une réforme des Clunisiens (AMC) qui avait supprimé aussi celle des vieux chantres à Rome, suivie par les autres contre-réformes. Il n’y en a pas beaucoup entre nous qui veulent parler sur le circonstance, que c’était le temps, quand la plupart des manuscrits « vieux-romains » étaient écrits.

Mais je suis d’accord que les musiciens décident pour une tradition locale (la choix d’un certain manuscrit et un tonaire de la même école). Finalement on n’aime pas cette précision, parce qu’il faut inventer plus qu’une seule tradition. C’est la vraie raison d’être des puristes (ou « Hartker grégoriens », ma proposition alternative pour « hard core grégoriens », c'est plus gentil, n'est-ce pas? :).

Pour un ethnologue, ça c’est la vraie tragédie. En Grèce on n’a pas besoin de les inventer (regardez la liste des écoles dans analogion, s’il vous plaît), bien que la tradition monodique n’a pas la continuation que dans quelques imaginations poétiques chez certains collègues patriotiques. Bien sur la cause de cette érosion est l’évolution de la notation musicale en Europe et la globalisation de ses institutions académiques, mais aussi un certain sens pour le « mainstream » entre certains collègues.

Je ne pense pas qu’on peut continuer comme ça aujourd’hui. Bien sur nous sommes ignorants, mais je ne suis pas prêt de faire une sacrifice à quelques attitudes de se défendre contre un meilleur savoir. Et je ne suis pas seul.

J’espère que cette fois vous reconnaissez le qualité de notre correspondance. (Nicht, daß ich mir am Ende sagen muß: „Da hast du jetzt schon die zweite Perle vor die Sau geworfen!“ :) Je suis désolé, mais on ne peut pas dire cela en français.

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