Musicologie Médiévale

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Bonjour,

serait-ce une hérésie de pratiquer ce que nous livre le Micrologus de Guido d'Arezzo pour "improviser" de l'organum dans le répertoire d'Hildegarde von Bingen?

Je ne sais pas si c'est un argument, mais tous deux étaient bénédictins.

Merci pour vos réponses.

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Bonjour !

Je ne parlerai pas d'hérésie, c'est un mot qui ne convient pas pour la musique, laissons les hérésies aux théologiens !

Après avoir pratiqué cette musique depuis 25 ans, j'ai du mal à imaginer ce que décrit Guy d'Arezzo pour les organa sur la musique d'Hildegarde. Elle est vraiment d'une autre nature. Même l'organum basilical (le bourdon qui manifeste la base du tétracorde) ne convient pas à cette musique, sauf pour quelques exceptions.

C'est une musique qui se suffit à elle-même et qui pratique l'harmonie, mais au sens où l'entendaient les grecs anciens, c'est à dire dans une déploiement dans le temps.

C'est un peu long à expliquer dans le cadre d'une correspondance, mais si cela vous intéresse depuis l'année dernière j'enseigne Hildegarde à Moissac début mai, et je pense en faire un rendez-vous annuel pour tous ceux qui veulent approfondir sa musique et en découvrir la dimension liturgique. Cette année cette session se tiendra du 30 avril au 4 mai.

Notre site - qui a été violemment piraté - est encore en maintenance; Nous refaisons tout. Je pense que d'ici une dizaine de jour il devra consultable : 

http://www.organum-cirma.fr

N'oubliez pas aussi que pour les anciens la polyphonie intervient toujours à des moments très particuliers de la liturgie : pour les grandes solennités et à des moments précis des offices ou de la messe. Cela dit, rien n'empêche un esprit imaginatif de construire une polyphonie et même un organum purum sur le verset d'un répons d'Hildegarde. Même si elle-même ne pratiquait pas ce genre, elle aurait été ravie qu'un parisien de passage lui offre un tel hommage !

Les manuscrits contemporains de polyphonie situés dans un contexte monastique, notamment les 4 manuscrits "aquitains" (Saint-Martial de Limoges).

Cher Nicolas

D'abord il faut dire, d'un point de vu des théologiens contemporains, toute la Hildegarde était une hérésie, bien controlée par l'église, et Hildegarde était assez intelligente de s'arranger avec cette situation! Enfin, elle était même faite une sainte, malheureusement du faux Pape à Avignon, et pour cela sa sanctification n'était jamais canonisée.

La pratique de l'organum comme déchant existait depuis le traité Musica enchiriadis, même qu'il n'y a pas des exemples notés dans les manuscrits du IX et X siècle. Une résonance de la diaphonie guidonienne nous avons dans les manuscrits des Abbayes du XI siècle sous influence de l'Association monastique de Cluny, comme à Fleury, l'Abbaye Saint-Maur-des-Fossés, et à Chartres. En particulier dans la grande collection du tropaire de Winchester (vous trouvez quelques exemples dans ma thèse de maître des arts).

Pour le XII siècle ce style était déjà trop antique, on avait déjà préféré un style mélismatique comme l'organum fleuri (ici un exemple du 1100). C'est une bonne question, que cela existait aussi dans la liturgie extravagante de Bingen. La monophonie de Hildegarde était souvent regardée comme inférieure des experiments aquitains, documenté dans les manuscrits contemporains à l'Abbaye Saint Martial de Limoges. Selon mon opinion, ce n'est pas si loin, parce que le mélos abondante du Riesencodex  (ici vous avez tout l'oeuvre de la musicienne) correspondait à ce style. Mais, la modernité d'Hildegarde était un peu dehors de la mode, elle n'était pas alphabétisée, malgré de son usage d'écriture pour la représentation, et son art musicale vient d'un art de la mémoire, la complexité aquitaine au contraire avait besoin d'un échange avec la notation.

Mais, c'était la seule différence, parce que en France, la technique moderne de noter était déjà part du métier d'un chantre, à Bingen les horologes allaient dans une manière différente...

Hildegarde de Bingen n'a jamais été considérée comme hérétique puisqu'elle a été nommé abbesse.Elle n'a jamais été canonisée par un "faux Pape d'Avignon".Il faut arrêter de dire n'importe quoi!

De façon assez inhabituelle, Benoît XVI a confirmé le jeudi 10 mai, la sainteté de la mystique a... (1098-1179), une figure à laquelle il est particulièrement attaché et à laquelle il a déjà consacré deux catéchèses lors de ses audiences générales.

Hildegarde, béatifiée en 1244 par Innocent IV et inscrite comme sainte au Martyrologe romain à la fin XVIe siècle, sera donc proclamée Docteur de l'Eglise dimanche 7 octobre 2012 par Benoît XVI, en compagnie du théologien espagnol Jean d'Avila.

La discussion de ses écrits à la synode n'était pas avant un cercle des amis de la littérature mystique, mais dans son temps elle était une personne très controverse, pour les bonnes raisons et les raisons bien connues. Mais, vous avez raison, je conseille de discuter avec les vrais experts, avec Stefan Morent, par exemple, qui est membre ici. 

d'ailleurs ses écrits furent approuvés, de son vivant, par le pape régnant. Que je sache, la seule véritable polémique venait d'une abbesse qui critiquait des attitudes, en effet criticables, des moniales de H. Elle s'en défend avec sa verve, mais les choses restèrent là. Quant à son illettrisme, si je m'en souviens bien, elle en parle elle-même, mais les historiens attribuent cela souvent à une forme de rhéthorique

Bonjour M. Ricossa,

J'entends votre réponse quant à l'organum proprement guidonien.

Quant à la possibilité d'organiser, lorsque vous indiquez "les ordinaires souvent réglementent cette pratique", s'agit-il, comme l'on dit en droit, d'une obligation de faire ou d'une obligation de ne pas faire ? Autrement dit, les ordinaires prescrivent-ils de chanter en organum telle pièce de tel office, sans rien (inter)dire d'une telle pratique pour d'autres pièces ou d'autres occasions, ou bien vont-ils jusqu'à interdire de mettre en organum d'autres chants que ceux expressément désignés par eux ?

Ricossa a dit :

Un organum « à la Guido » me semble difficile à appliquer à ce répertoire, qui présente des structures mélodiques particulières. L'organum des IX-XI siècle est basé sur des structures de quarte, alors que les mélodies hildégardiennes adoptent désormais les nouvelles structures de quinte et quarte superposées.

D'autre part il semble que oui, il fallait une permission pour organiser, vu que les ordinaires souvent réglementent cette pratique, de manière semblable aux prescriptions qui par la suite s'appliqueront au jeu de l'orgue (Giulio Cattin a fait d'intéressants travaux là-dessus). Les mélodies de H. étaient d'ailleurs prévues pour la liturgie et étaient donc des chants liturgiques à tous les effets, même si leur diffusion demeurait on ne peut plus limitée.

Les liturgies clunisiens avaient en effet favorisées les nouvelles compositions pour une exécution "cum organo," ceux du Benedicamus domino en particuliers, et ceux des genres du chant qui précèdent les leçons (graduels, alleluias, les derniers répons de la nocturne). Luca a parlé sur le fait que la liturgie à Rupertsberg était un peu particulière et pleine des nouvelles compositions qui ont aussi quelques difficultés envers certaines techniques de Guido.

Je ne pense pas que l'attitude de Hildegarde envers l'écriture était rhétorique, sans doute la vraie modestie expectée d'une femme chrétienne de l'époque était ne dire rien et n'écrire rien (Hildegard avait fini avec le silence et avec certaines pratiques déstructives de l'ascétisme, usées excessivement par sa maîtresse). Peut-être l'arrangement et la recomposition de sa correspondence dans le Riesencodex était rhétorique, mais vraisemblablement pas la sienne, mais celle des écrivains à Rupertsberg.

Sa manière d'être "ignota" était plus clandestine ou hermétique dans la manière non-représentative d'user les lettres secrets, il n'avait rien à faire avec la modestie. Ça correspond simplement avec la manière d'être approuvé à Rome, en fait, un vrai succès de l'Abesse avec ses désavantages (d'être documentée, censurée etc.).

Mais, j'ai parlé simplement des pratiques mystiques qui ne vont bien avec l'alphabétisation. C'était déjà dehors de la mode, parce qu'il y avait une nouvelle conception du savoir qui s'apelle être "littrée". Même chez Bernard de Clairvaux, on trouve beaucoup des polémiques contre cette conception, malgré du fait qu'elle l'avait servi beaucoup. À Rupertsberg, la solution pratique était la division des compétences entre les visionaires et les écrivains (les derniers avaient même la fonction officielle des confesseurs).

Ricossa a dit :

d'ailleurs ses écrits furent approuvés, de son vivant, par le pape régnant. Que je sache, la seule véritable polémique venait d'une abbesse qui critiquait des attitudes, en effet criticables, des moniales de H. Elle s'en défend avec sa verve, mais les choses restèrent là. Quant à son illettrisme, si je m'en souviens bien, elle en parle elle-même, mais les historiens attribuent cela souvent à une forme de rhéthorique

Un organum guidonien, comme j'ai dit, me semble impossible sur cette musique.

Quant aux réglementations des ordinaires, d'après mes souvenirs il y a bien prescription, en passant, pour telle ou telle pièce, et surtout interdiction pour certaines périodes liturgiques (par exemple le carême).

Milhau Hervé a dit :

Bonjour M. Ricossa,

J'entends votre réponse quant à l'organum proprement guidonien.

Quant à la possibilité d'organiser, lorsque vous indiquez "les ordinaires souvent réglementent cette pratique", s'agit-il, comme l'on dit en droit, d'une obligation de faire ou d'une obligation de ne pas faire ?

L'anthropologue Amnon Shiloah a parlé sur le rôle des authorités réligieux de réagir aux personnages charismatiques dans le contexte du monothéisme. C'est pourquoi il n'est pas facile de les juger selon le livre, parce qu'ils sont important pour maintenir une tradition. Benoît XVI n'avait pas changé le statut ambigu de Hildegard (ici, vous trouvez le facsimilé de la charte du 1233), même c'est facile de faire ces gestes aujourd'hui ("rhétorique," si vous voudriez), concernant les charismatiques du présent il les a toujours excommuniqués comme on avait expecté de lui.

Mais même qu'il est possible de faire une diaphonie guidonienne sur les compositions de Hildegard, il y a quelques cas élaboré, où il sembla de faire l'organum avec une voix ajouté d'une autre organum fleuri... D'un autre point de vue, Hildegard avait composé selon les conventions de son temps, les arrangements contemporains ou néogrégoriens des mélodies de l'antiphonaire.

Regardez l'analyse de Jennifer Bain:

Bain, J., 2008. Hildegard, Hermannus, and Late Chant Style. Journal of Music Theory, 52, pp.123–149. doi:10.1215/00222909-2009-012. JSTOR.

Il y a une différence fondamentale entre Hildegard et les pseudo-mystiques: elle n'a jamais défailli de la Foi. Au contraire, elle a toujours combattu les ennemis de la Foi, comme Frédéric I et ses schismes, comme les cathares... La preuve ? St Bernard, un vrai mystique, toujours prêt à combattre les hérésies, entretenait avec elle de vrais rapports d'amitié (cf. lettres LIV--LV). Hildegard a toujours cultivé la vraie humilité monastique dans la soumission aux autorités ecclésiastiques et le refus des ennemis de l'Eglise.

Les charismatiques de nos jours ne l'auraient certainement pas enchantée. Voici ce qu'elle écrit des cathares :

En conclusion : il y en a beaucoup qui en parlent, peu qui la connaissent. Ite ad fontes !

https://ia600302.us.archive.org/28/items/analectasanctae00hildgoog/...

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