À propos de la pratique liturgique

Un ami m'a soufflé à l'oreille une réflexion au tour de l'importance pour le chant grégorien de la pratique liturgique. Je souhaite la partager avec vous. Bonne lecture!

Si la multiplicité des expérimentations dans le domaine du chant grégorien peut témoigner d'une recherche encore vivante dans un contexte humain au mieux indifférent, parfois hostile, il apparaît urgent et fondamental de remettre la pratique de ce répertoire dans son cadre organique : la liturgie.

La liturgie ! Sous prétexte de créativité, de soi-disant rapprochement avec les fidèles, devenue la cible privilégiée de toutes les fantaisies, elle se trouve actuellement à l'état de ruines. Qui ne peut nier les répercussions de cette catastrophe, qui rendent parfois difficiles les investigations de la Recherche. Un théoricien tel Aurélien de Réomé vivait, pratiquait, chantait la liturgie...Qui pouvait alors s'étonner de l'absence d'invitatoire aux matines romaines de l'Epiphanie ? Dans une ouvrage de Migne consacré au Calendrier, il est dit qu'à partir du Dimanche Isti sunt dies débutait la vacance judiciaire. En effet, tous les notables connaissaient ce répons de l'Office de Nuit qui inaugure (toujours) la quinzaine pascale.
En ce qui concerne la question délicate de la diffusion du chant grégorien, il nous paraît difficile d'imaginer autre chose qu'une grande unité originelle, unité connaturelle à la personnalité de Pépin le Bref et de Charlemagne. Souverains éclairés s'il n'en fut, doués de très fortes personnalités, dont la rigueur et le soin apportés aux moindres détails de gouvernement ont permis, en peu de décennies, la constitution d'un empire, en dépit de circonstances politiques souvent dramatiques. Il nous semble impossible de ne pas voir trace de ce soin extrême du détail dans ce répertoire grégorien, qui devait constituer le ciment de l'unité du tout nouvel empire carolingien. En dépit de variantes secondaires (mais bien utile pour les généalogies des mss), il nous parait donc bien téméraire de rechercher d'hypothétiques ornements existant au-delà des signes neumatiques, ornements dont l'exécution aurait échappé à la minutie organisationnelle des premiers carolingiens (précisons que nous ne parlons évidemment pas du répertoire Vieux-Romain, dont l'histoire est différente.
Nous pensons que toute activité musicale grégorienne (au sens large, nous incluons bien évidemment tous ses développements) doit impérativement trouver sa source dans une pratique liturgique, dans une recherche amoureuse des us et coutumes mis en place par l'Eglise et conservés jalousement au cours des siècles...
Concrètement, pourquoi ne pas proposer de chanter à intervalle régulier les matines en semaine ! Cet office offre l'avantage de regrouper tous les styles (hymnes, antiennes, répons, psalmodie simple, psalmodie ornée, récitatifs...) et ne requiert pas obligatoirement la présence de consacrés, comme pour la Messe. Cette activité centrale générerait d'une manière naturelle, selon les circonstances, d'autres activités connexes (formation liturgique, musicale, artistique, recherche, collectage, etc...). Vaste programme assurément, mais voie royale pour une Fondation...qui attend avec gourmandise son Mécène !

You need to be a member of Musicologie Médiévale to add comments!

Join Musicologie Médiévale

Email me when people reply –

Replies

  • Hélas, tous ces sospirs autour d'une tradition perdue !

    On est perdu dans l'histoire, dans la géographie et dans certaines personalités politiques (évidemment plus sur un chémin du patrimoine nationale que spirituelle), et la vérité est si simple !

    On respecte sa tradition, et ça veut dire on doit travailler durement et sans interruption et (bien sûr) selon les cycles liturgiques dans une pratique cotidienne (mais le dernier ne justifie rien, elle est simplement la condition fondementale). Mais, une fois on avait finit, c'est irreversible !

    Maintenant on cherche les « intervalles naturelles », et on ne sait pas lesquelles... Il me semble, on cherche créer une noblesse ou une « chévalerisation » des propres habitudes, mais il faut simplement continuer pour régagner un art perdu. Si on parle du monachisme médiévale et insiste sur le droit de le répéter, sans doute il s'agît d'un art exclusive né dans une environment dominé par l'aristocracie et ça veut dire bien artificielle et exclusive.

    Il faut retrouver la modestie et la spiritualité, et delà, de l'intimité du coeur, vient le son qui résonne (avec vous et votre vie, votre individualité et aussi son anéantissement totale). Mais sauf de cette initiation orthopratique à la tradition monastique, une chose est sur ! Seulement dans les églises ou abbatiales où on chante et où on célébrait, il y a Dieu ! Pas necéssairement toujours. Un moine en Bulgarie m'a dit: « Quelques fois, pas souvent, je sens la présence des anges et je commence à pleurer ! »

    Courage, c'est toujours un cadeau et ça vient des choses pas trop agréables, votre destin, vos blessures et tout que vous avez soffert dans la vie.

    Et bien sur, je ne parle pas d'un certain style musicale ou du son provénant de votre CD ou LP favorisé... Votre CD grégorien n'a aucune place à l'église ! 

This reply was deleted.

Partnership

and your logo here...

 We need other partners !

 ----------------------------------

Soutenir et adhérer à l'Association Musicologie Médiévale !

Support and join The Musicologie Médiévale Association!

 
for
MM & MMMO