Musicologie Médiévale

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Bonjour à tous

Ma question porte sur la présence du Si bémol dans les pièces grégoriennes. Je pensais qu'il était réservé aux mélodies en mode de Do (je vais parler ici des modes utilisées dans la musique modale et non des modes grégoriens) pour éviter la sensible au demi-ton "Si-Do".

Je me suis donc apperçu que beaucoup de pièces en mode de Fa avaient ce Si bémol, comme par exemple le ton simple de l'Ave Régina Caelorum.
Ma question est d'une part:
- Pourquoi ce Sib
- peut-on en déduire que la gamme tonale de Fa Majeur (qui comporte ce Sib) est issue de ce mode grégorien ?

D'avance merci pour votre éclairage sur ce point

En pièce jointe l'Ave Regina Caelorum (5ème ou 6ème mode du coup?) avec donc le Sib

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Bonjour.

Il y aurait beaucoup à dire sur la présence du bémol en tritus (5ème et 6ème modes). L'architecture, fondée sur Fa, impose le SI bémol pour deux raisons :

la première tient au rapport lui-même entre le FA et le SI : le triton, diabolus in musica, "doit" être évité à tout prix ! C'est une règle extrêmement suivie au Moyen-Âge ;

la seconde raison tient à la présence récurrente du MI bémol dans de nombreuses pièces, soulignant, s'il en était encore besoin, ce lien organique entre SI bémol et FA. Pour illustrer notre propos, nous avons mis en regard quelques pièces en 6ème mode, choisies au hasard :

Si le recours aux manuscrits donne un éclairage intéressant sur la présence du bémol, l'étude de l'architecture (le bémol récurrent sous le FA) permet de poser un jugement bien plus solide sur la pratique médiévale !

cela dit, le "diabolus in musica" avant le XI siècle est une légende. Il faudrait aussi évoquer la parenté entre le tritus (plagal) et le deuterus (authente), avec leur coeur basé sur une tierce majeure. Ce qu'il y a autour est mobile, donc si-si naturel / do-do# en haut et mi-mib / fa-fa# en bas... sans parler des tons moyens et autres aménités de la modalité pre-XI.

Le "ton simple" de l'Ave Regina est une composition moderne, mais il est vrai qu'à partir du XI siècle (encore une fois!) les nouvelles compositions in cinquième mode ont la tendance à avoir le si-bémol à la clé.

Merci Messieurs pour ces précisions ! Ricossa vous dites que le ton simple de l'Ave Régina Caelorum est une composition moderne: de quand date t'elle ?

Je crois qu'elle est de Dom Pothier, donc fin XIXe

À ce propos, existe t'il un index qui mentionne la date ou la période d'écriture du répertoire grégorien (du moins les messes, Antiennes, hymnes et psaume du missel)

en chantant ce matin l'ancien office de Ste Catherine, j'ai remarqué diverses antiennes en cinquième mode commixte avec le septième, donc avec des sections avec la structure Sol si ré

Ascendente IHU in nauiculam est, selon Hartker, en troisième mode avec finale Sol (si les partisans des finales comme élément décisif pour la détermination du mode voudront bien me pardonner, à moi et à Hartker), de même que la communion De Fructu (à St Gall et Einsiedeln)

La COM De fructu, à "CONFIRmet", relativement à l'échelle choisie par la Vaticane, doit être posée sur MI bémol. ..

je n'ai pas parlé de la vaticane, mais de St Gall et Einsiedeln, qui donnent pour cette comm. une psalmodie du troisième ton. Je sais bien que cette comm. a aussi été attribuée au sixième et au huitième mode...

Merci Luca de relancer ce post. Voici ce que j'ajoute en complément de vos remarques :

même si la tradition St Gall et Einsiedeln signalent une psalmodie du troisième ton, cela n'infirme pas la présence d'un ton plein sous le FA final. Un rapide tableau comparatif semble indiquer ce demi-ton sous le FA dans cette zone :

Des manuscrits, très au fait des transcriptions hexacordales comme Berlin 40078 (Quedlindburg) et Darmstadt 545 (Bombogen) signalent très clairement ce ton plein.

Par ailleurs, une situation analogue peut s'observer dans l'ANT Nemo te condemnavit mulier (AM34 : 371). Pour résumer nos observations, nous affirmons que bien que le tonaire de Hartker (p. 301) indique une psalmodie du troisième ton, la tradition germanique, à "noli peccare" conclut sur SOL. AM 34, avec sa finale en MI, a suivi la tradition franciscaine, minoritaire par ailleurs.

la finale en mi est certainement dûe à l'influence des "théoriciens". Pour ma part, je voulais juste attirer l'attention sur le fait qu'en parlant du "vieux fonds", des termes tels que "mode de fa" ou "mode de mi", voire même "mi" ou "fa", c'est complètement anachronique. Dans la réalité des faits, la théorie modale "classique" n'a pas d'influence réelle sur la musique chantée qu'à partir, grosso modo, du XI siècle. À ce moment-là on commence à chercher de mettre en boîte les chants, avec toutes les conséquences néfastes que nous connaissons. Il en va de même pour la notion de hexacorde...

Poser des questions concernant le si-bémol dans les modes de Fa n'a de sens que si on parle des répertoires composés à partir du XI siècle. Là, en effet, le sixième mode présente très souvent le mi-bémol, et ce jusqu'à l'époque moderne (le chant néo-gallican l'emploie encore systématiquement).

Merci Ricossa pour ces informations. Oui je sais que lorsqu'on évoque le chant grégorien on ne parle pas de mode en fonction de la finale (Mode de Do, de Ré etc...) mais de 1er, 2eme, 8eme mode etc... J'ai opté pour ce language car je fait la comparaison avec les musiques modales profanes dont on trouve le mode en se basant sur la finale.

J'ai "transposé" les appelations profanes sur les pièces grégorienne mais de fait l'analyse n'est pas la même.

A ce propos, je me suis toujours demandé pourquoi dans le chant grégorien on n'utilise que la clé de Do et de Fa?

Pourquoi ne pas en utiliser qu'une et pourquoi la musique savante n'a pas gardé la clé de Do et utilise la clé de Sol?

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