Musicologie Médiévale

Resources for medieval musicology and liturgy

Bonjour à tous,

les documents iconographiques et littéraires médiévaux relatifs au métier de faiseur d'instruments et à la facture instrumentale sont extrêmement rares.

Ceci est notamment lié au fait que la spécialisation du métier de luthier est bien postérieure au Moyen Âge. Le terme de "luthier" ne semble en effet être apparu, selon le dictionnaire étymologique, qu'en 1649 :

Étymol. et Hist. 1. 1649 lutier «fabricant d'instruments de musique à cordes pincées ou frottées» (Les contens et mescontens sur le sujet du temps ds Variétés hist. et littér., t. 5, p. 340); 1680 luthier (Rich.); 2. 1832 p. ext. «facteur, marchand d'instruments de musique» (Raymond). Dér. de luth*; suff. -ier*.

Si nous ne connaissons quasiment pas de nom de luthiers au Moyen Âge, cela est également lié, d'une part, au fait que la facture de l'instrument passait entre plusieurs mains artisanes, et d'autre part que le faiseur d'instruments reste un artisan qui ne mérite pas forcément d'être mentionné selon les valeurs de l'époque. 

Je fais donc appel à votre savante contribution pour demander si quelqu'un connaitrait une référence iconographique ou littéraire relative à la facture instrumentale: miniature d'atelier, passage littéraire, traité...

Le défi est lancé!

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Replies to This Discussion

Pour l'instant j'ai cette image sans la source, mais tu dois la connaître. Je cherche. Je pense à un fabricant de citole à la cour d'Alfonse le Sage, Surement dans une cantiga... à suivre...

Cette illustration provient d'une gravure intitulée "Les enfants de Mercure", visible également sur https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Master_Of_The_Housebook_-_T... 

Elle n'est pas à proprement parler médiévale, mais date de la fin du XVe siècle. 

Pour le reste, deux noms associés à la facture instrumentale: Henry aus vièles établi en 1292 à Paris et cité par Antoine Vidal, ainsi que Lodewijc van Vaelbeke, dont le nom apparaît dans les Brabantsche Yeesten du chroniqueur flamand Jan Van Boendale (1279‐c.1350). Je me permets de renvoyer à mon livre: De la vièle médiévale au violon du XVIIe siècle. Etude terminologique, iconographique et théorique, Tours, Centre d’études supérieures de la Renaissance – Turnhout, Brepols, 2011, p. 72-74, note 12, tout en insistant sur le fait que rien ne prouve qu'il s'agisse bel et bien de luthiers. 

Merci François. On peut se demander si le personnage est le facteur d'orgue ou l'harmoniseur des tuyaux. Le geste est typiquement celui du joueur d'organetto en train d'accorder ou de régler son instrument. L'intérêt du positif étant que l'on a les deux mains libres pour procéder à l'opération puisque qu'il y a un petit souffleur!

Quant à la cantiga évoquant un fabricant de citole, tiens-nous au courant si cela te revient!


François Montaufray said:

Pour l'instant j'ai cette image sans la source, mais tu dois la connaître. Je cherche. Je pense à un fabricant de citole à la cour d'Alfonse le Sage, Surement dans une cantiga... à suivre...

Bonjour Anne-Emmanuelle et merci pour cette contribution. 

Je connais votre ouvrage mais ne l'ai encore pas consulté. Cela ne saurait tarder!

Quel est le contexte d'apparition de ces deux noms? Permet-il de les associer avec certitude à la facture instrumentale ou pourrait-il aussi s'agir de jongleurs spécialisés dans la vièle?

C. Homo-Lechner cite également, mais sans préciser le contexte :  un fleutier dans Le livre de la Taille (1292) et au XIVe s. divers harp makers en Angleterre. Je souhaiterais bien en savoir plus à leur sujet.

J'ai également le vague souvenir d'une miniature figurant divers instruments disposés sur une table, qui a été interprétée comme étant une boutique ou un atelier de facteur. Impossible de me rappeler d'où je tiens cela...



Anne-Emmanuelle Ceulemans said:

Pour le reste, deux noms associés à la facture instrumentale: Henry aus vièles établi en 1292 à Paris et cité par Antoine Vidal, ainsi que Lodewijc van Vaelbeke, dont le nom apparaît dans les Brabantsche Yeesten du chroniqueur flamand Jan Van Boendale (1279‐c.1350). Je me permets de renvoyer à mon livre: De la vièle médiévale au violon du XVIIe siècle. Etude terminologique, iconographique et théorique, Tours, Centre d’études supérieures de la Renaissance – Turnhout, Brepols, 2011, p. 72-74, note 12, tout en insistant sur le fait que rien ne prouve qu'il s'agisse bel et bien de luthiers. 

Justement, les deux noms que je cite ont été interprétés comme ceux de luthiers par certains auteurs, mais personnellement, cela ne me convainc pas. Je copie ma note 12 p. 72:

Antoine Vidal cite un certain « Henry aus viéles » établi en 1292 à Paris, rue aux Jugléeurs, mais il est impossible de vérifier s’il s’agit bien d’un facteur d’instruments (Les instruments à archet. Les feseurs, les joueurs d’instruments. Leur histoire sur le continent européen, Paris, 1876, vol. 1, p. 88). Un autre luthier serait Lodewijc van Vaelbeke, dont le nom apparaît dans les Brabantsche Yeesten (c. 633‐642) du chroniqueur flamand Jan Van Boendale (1279‐c.1350) : « In desen tyt sterf menschelyc / Die goede vedelare lodewyc, / Die de beste was, die voer dien / In de werelt ie was ghesien, / Van makene ende metter hant. » (« En ce temps [c’est-à-dire en 1312] mourut le bon vielleur lodewyc, qui était le meilleur que l’on ait jamais vu au monde, en tant que facteur et de sa main »; citation d’après l’édition en ligne de la Digitale bibliotheek voor de Nederlandse letteren, www.dbnl.org, qui se fonde sur Jan Frans WILLEMS (éd.), De Brabantsche yeesten, of Rymkronyk van Braband, door Jan de Klerk, van Antwerpen, Bruxelles, 1839). Il n’est pourtant pas certain que dans ce passage, le verbe maken (faire) se rapporte à la facture instrumentale. Il pourrait également référer à la versification (cf. Gerrit KALFF, Het lied in de middeleeuwen, Leiden, 1883, p. 587). Selon cette interprétation, Lodewyc aurait été à la fois un habile vielleur et poète. 

Jugléeurs = jongleurs n'est-ce pas? Effectivement, Henry étant établi dans la rue aux jongleurs et son nom étant spécifiquement associé à la vièle, il y a de grandes chances pour qu'il s'agisse d'un jongleur vièleur plutôt que facteur de vièles. Par contre, s'il s'agissait bien d'un faiseur de vièles les affaires devaient bien marcher pour lui! Sait-on où était situé la rues aux Jugléeurs à Paris? J'ai trouvé cela dans le Dictionnaire pratique et historique de la musique par Michel Brenne... : "Il y avait à Paris en 1292, une « rue aux jugléeurs » dans laquelle demeuraient plusieurs musiciens"

Idem pour Lodewic, qui faisait autant les mots que les sons, tel un troubadour, "makene" serait alors l'équivalent de "trouveur".

Entre temps, j'ai trouvé mention d'un certain "Jehan de la Comté qui, vers 1450, d’après les comptes des ducs de Bourgogne publiés par M. de la Borde, vendit une harpe pour la comtesse de Charollois, moyennant la somme de douze livres" in Laurent Grtillet, Les ancêtres du violon et du violoncelle. les luthiers et les fabricants d’archets, Paris, C. Schmid, 1901.

Dans ce même dictionnaire, à l'entrée "facteur", on trouve : "C'est sous la forme faiseur que le nom de cette profession apparaît au moyen âge. Les plus anciennes mentions nominatives de facteurs français remontent à 1292 et 1297 et concernent Henry aux Vièles, faiseur de vièles à Paris, d'une part, et, d'autre part, Henry l'Escot (l'Écossais), Guillaume d'Amiens et Roger l'Anglais, faiseurs de trompes, rattachés à la corporation parisienne des forcetiers ou fabricants d'objets en fer et en cuivre. A Rouen, les facteurs, sans doute peu nombreux, s'affiliaient à la Confrérie des « joueurs et faiseurs d'instruments de musique », dont les statuts furent confirmés par Charles VII en 1454".

Voila j'ai retrouvé mes notes! C'est Pedro Garcia luthier de citole à Séville en 1444. Mais mon espagnol ne me permet pas d'en savoir plus. A vous tous de traduire!

The first luthier documented in Seville is Pedro García, a citole maker:
http://www.historicalsoundscapes.com/evento/421/sevilla/es

Citolero (1444)

La noticia más temprana sobre la violería en la ciudad de Sevilla presenta ciertas dudas y remite a la primera mitad de siglo XV. En 1444, aparece avecindado en la calle Redes, en la colación de San Vicente, Pedro García, citolero. El término parece referirse más a un constructor que a un tañedor de instrumentos, para el que, desde Gonzalo de Berceo, se usa el término citarista o cítola.

Fecha: 1-1-1444 / --
Periodicidad: diaria
Tipo de evento:

  • construcción de instrumentos musicales
  • empadronamiento


Agente/s : Pedro García (citolero)


Localización/es : calle Redes

Merci beaucoup François pour cette contribution. Voilà une occurrence de plus!

Apparemment, ce Pedro García, situé vers la rue Redes à Séville vers 1444 est considéré comme faiseur de citole du fait qu'il est présenté comme "citolero" et non comme "citarista" , qui semblerait davantage convenir au joueur de citole. 

A mon avis on est dans la même ambiguïté que pour Henry aus vièles, au sens où quand il y a ambiguïté on a tendance à faire pencher la balance du côté de ce que l'on cherche...

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